mercredi 30 mai 2012
lundi 28 mai 2012
Nettoyage de disque
Mais voyons, qu'est-ce qui vous prend, à la fin ?
La flaque de vomi froid Zemmour est enfin débarqué de RTL suite à une énième chronique ouvertement raciste, et si il est assuré que l'Elysée n'a même pas eu à décrocher le téléphone pour ce faire puisque RTL s'est ici contentée de complaire par avance aux nouveaux princes, tout comme elle l'avait fait pour le beauf trépané Pierre Salviac, on conviendra que c'est une excellente nouvelle. Tout de même.
Bon, il n'a même pas été lourdé avec perte et fracas comme le mériterait n'importe quel employé ayant commis une faute lourde, et il a encore pu épancher ses névroses de petit blanc aigri et pétochard ce matin encore. Son contrat sur RTL n'est pas renouvelé et ne soyons pas trop inquiets pour notre pourfendeur de fantasmes qui n'existent que dans la têtes des militants Front National constituant l'essentiel de son fan club : il ne disposera plus d'un média ? il lui en reste 3 ou 4.
Disons simplement que si on veut voir le verre à moitié plein, cette éviction est plutôt une bonne nouvelle, voilà tout.
Enfin, c'est ce que normalement on devrait penser mais las : je connais trop bien mon camp politique pour ne pas savoir que l'adage "trop bons trop cons" y est une véritable religion, et que face à des gens qui sont payés pour nous cracher à la gueule, il est du meilleur goût de rester d'un délicat politiquement correct en brandissant leur droit à, ahem, la "liberté d'expression" (que de crimes contre l'intelligence commis en ton nom) parce que n'est-ce pas, l'ennemi est très méchant mais on va quand même le laisser parler parce qu'on est de gôche et quand on est de gôche on est gentils et tolérants.
Moui.
Ne pouvant même pas faire un bon mot en sortant que la tolérance il y a des maisons pour ça puisqu'il n y en a plus, il convient néanmoins de s'interroger sur notre capacité à laisser s'exprimer des connards (et des connasses, point de sexisme dans l'abrutissement) sous le très fallacieux prétexte que, déjà, on est de gôche et blablabla, et sinon "ça va faire le jeu du Front National", ce dernier argument censé clore définitivement le débat se trouvant ô ironie dans la bouche de militants socialistes qui oublient un peu vite que leur parti a tout fait pour faire monter le FN et a permis son apparition politique dès le début des années 80. Laissons donc s'exprimer les fachos et autres racistes de tout poil et on les a tellement laissé s'exprimer qu'ils ont désormais table ouverte partout. Bravo. Vraiment. Quel splendide résultat. D'autant que n'ayant pour ainsi dire pas de contradicteurs à leur niveau d'agressivité, ils peuvent se pavaner impunément et raconter toutes les conneries qui leur passent par la tête et Dieu sait si il y en a, des conneries dans leurs têtes.
On va le répéter encore une fois, la liberté d'expression, c'est comme la démocratie : ça se mérite. Et les Eric Zemmour et consort ne la méritent pas parce qu'ils n'ont jamais rien fait pour cela. Eux se carrent complètement de la "liberté d'expression" en soi, ce qui les intéresse avant tout est d'avoir la leur pour dénier celle de ceux qui ne sont pas d'accord avec eux. Il suffit pour s'en convaincre de voir comment ils montent dans les aigus dès qu'ils sont face à quelqu'un qui oserait murmurer un semblant de désaccord. "Ben oui mais justement alors, faut pas faire comme eux parce que sinon on devient comme eux". La belle affaire. Ce serait donc affreux à ce point que de nier la légitimité de la parole raciste à s'exprimer ? Soyons un peu sérieux voulez-vous.
Et non, nous n'avons pas besoin, nous n'avons aucun besoin des Eric Zemmour "pour nous maintenir en colère", la simple existence de la droite politique réactionnaire étant un ennemi amplement suffisant sans en plus devoir se fader les caniches médiatiques grassement payés par elle pour chanter ses louanges.
Quant à l'argument que censurer ses têtes de noeuds ferait monter le FN, on finit par se demander ce qui ne fait pas monter le FN, à la fin ; juste, rappelons que la seule chose qui puisse le contrecarrer c'est de la politique de gauche soucieuse des intérêts populaires, et très honnêtement, si on se retrouve face au choix suivant :
- Si on les laisse s'exprimer, ça pose des problèmes ;
- Si on ne les laisse pas s'exprimer, ça pose des problèmes...
Et bien dans ce cas, autant ne pas les laisser s'exprimer, ça nous fera des vacances pour les yeux et les oreilles, et ça sera déjà ça un soulagement.
Ou alors un rééquilibrage des intervenants médiatiques ? Puisque effectivement la mainmise de l'éditocratie est telle que plutôt que censurer, on pourrait imaginer donner une part plus large à des éditorialistes et intervenants progressistes manière de faire pièce. Admettons.
Sauf que dans ce cas, poussons la logique jusqu'au bout : il faudrait 30 années non-stop d'éditorialistes, de journalistes économiques, de JT, de star des médias, d'articles, de plateaux-télé, de polémistes de gauche pour remettre le balancier à l'équilibre. On constate que c'est bien loin d'être le cas et en attendant ces années de liesse, commençons donc par arrêter de soutenir la liberté d'expression de gens qui ne rêvent que de nous écraser. Ce sera un début.
mercredi 9 mai 2012
Démence passagère
- CYRILLE J'AI PEUR !!!!!
- Oui Hervé, je comprends, moi même je ne me sens pas très bien...
- LES COMMUNISTES CYRILLE LES COMMUNISTES !!!!!
- C'est atroce. C'est horrible. Ils sont au pouvoir. Il n'est pas impossible que nous ne survivions pas.
- Ce qu'on prédit depuis des années est arrivé, Cyrille. Nous vivons en Frankistan. Glaglagla.
- Et les drapeaux, Hervé. Les drapeaux des pas-comme-nous. Partout. J'en ai des frissons. Ou alors c'est la vodka-pomme d'hier soir à la Flèche d'Or qui passe mal, je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu...
- Les alliés objectifs des nazislamistes contrôlent la France qui va décliner de partout à marche forcée sous les coups de boutoirs du collectivisme totalitaire et tu sors à la Flèche D'or ?? Alors qu'on raconte que les brigades des Gardiens de la Virginité Révolutionnaire ont mis Paris en coupe réglée ? Tu es complètement inconscient ou quoi ??
- Euh, oui, enfin ici à Paris j'en ai pas encore vu, ça doit être encore plus pernicieux que ça...c'était rapport à Mélanie-Sophie, l'étudiante HEC que j'avais rencontrée quand j'avais ma carte à l'UMP et je m'étais dit que je pouvais la pécho pour la consoler, mais après le troisième shot de vodka-pomme j'ai voulu l'embrasser et elle m'a dit qu'elle préférait qu'on soit amis. Alors je suis rentré pour m'onaniser sur des documentaires INA de Margaret Thatcher, quand on a plus l'espoir hein...
- Je ne peux plus sortir de chez moi depuis Dimanche soir, j'ai juste fais un raid sur le Franprix pour stocker de la farine, du sucre et des denrées de base et j'ai tout verrouillé. Je n'en dors plus Cyrille, la nuit je crois entendre les pas du KGB féministopartageux dans mon couloir qui va enfoncer ma porte pour me voler mes chères SICAV et collectiviser mon écran plat Samsung. Je passe mes nuits devant Bloomberg.com et Fsetouche à chercher des signes pour me rassurer et calmer mes angoisses et j'en suis à 25 Stilnox par jour.
- En même temps, on a toujours été peu ou prou en dépression donc de ce point de vue ça change pas trop, soyons honnêtes.
- Notre dépression a toujours été une dépression politique, Cyrille. Rien à voir avec les dépressions de gauchistes bobos métissolâtres, la nôtre est civilisationelle par notre constat lucide et objectif du remplacement de la population blanche européenne par les hordes bougnouloalqaidesques, ce dont des esprits aussi pertinents et pénétrants que Renaud Camus et Véronique Genest nous avertissent depuis des années. Notre dépression est noble, elle est signe d'âmes d'élite qui refusent la vulgarité moderniste et tendent vers le Beau en fantasmant grave sur des ukrainiennes de 17 ans.
- Ah ouais Hervé, c'est cool ça, j'avais pas vu le truc comme ça en effet, ça console un peu alors...N'empêche, j'ai mal à la France. Qu'est-ce qu'on va devenir, Hervé, QU'EST-CE QU'ON VA DEVENIR ??? (s’effondre en sanglots gémissants et hystériques)
- Désormais Cyrille, nous sommes des Résistants.
- Des Résistant comme le communiste Jean Moulin ?? Ah non hein, et puis devenir maquisard c'est joli mais c'est fatigant. Déjà que je baisse les yeux quand je vois deux Noirs dans le métro, je suis faible Hervé, tellement faible, j'ai honte...
- Non mais attend, bon d'accord on est gaulés comme Michel Houellebecq et on a le courage physique d'un lapin nain, admettons. Mais nous continuerons notre oeuvre de subversion salvatrice de devant nos claviers, nous pourfendrons la bienpensance ethnomasochiste et ricanerons devant les officines de l'antiracisme soviétoïde. Bon, pas trop fort le ricanement, paske là si on se prend un procès en pleine tête on va prendre cher nos mères, mais on aura une sorte de sourire un peu méprisant, tu vois, genre discret...entre nous...courageux mais pas téméraire, je veux dire...c'est pas de la couardise hein ! Mais alors pas du tout du tout ! Juste de la prudence mère de sûreté, toussa...ahem...
- Mais tellement, Hervé, tellement ! Moi, j'ai déjà commencé dans mon boulot de chargé de com, genre tu sais, quand je vais à la cantoche de la boîte et que j'entend mes collègues dire que Yannick Noah il est sympa, je les pourfend sans pitié de mon mépris nietszchéen et les ventile façon puzzle par ma supériorité intellectuelle, mais à l'intérieur tu comprends ? Ni vu ni connu et ils pensent que je suis comme eux alors que pas du tout, ah ah ah LES CONS ! Putain, chuis trop un gangsta réactionnaire, moi.
- C'est complètement l'idée, Cyrille, on est comme des punks de droite et on a des crêtes à l'intérieur de la tête. En fait, tout est question de staïle, quoi. On est des refuzniks de l'intérieur de nos cerveaux et personne ne pourra se douter à quel point on est en fait des oufs guedins. Et puis je vais te dire mon Cyrille : on a juste qu'à attendre que le Frankistan soit attaqué par les marchés et PAF ! Les socialobolcheviks feront moins les malins tiens ! Et peut-être même que y aura des nazis au parlement comme en Grèce.
- Ah ouais, c'est cool les nazis, j'aime bien moi. Et si on s’exilait en Grèce ?
- Hum, chais pas...les evzones, ça fait pas un peu pédé ?
lundi 7 mai 2012
La guerre commence
Vous n'êtes même pas encore remis de la cuite d'hier soir, et pourtant CSP vous balance dès potron-minet le seau d'eau froide salvateur et revigorant qui va dissiper les brumes de vos ivresses. Parce que bon, on s'est un peu fait plaisir hier soir, mais c'est pas une raison pour arrêter de voir les choses en face, hein.
Victoire de la gauche ? Vous allez vite en besogne et l'enthousiasme vous fait quelque peu délirer. Défaite cuisante de la sarkozie, surtout, et il n'était pas question de bouder son plaisir de voir les trognes des Copé et autres Morano la bouche pincée et l'aigreur leur dégoulinant par les oreilles. Pour moi, les images de militants UMP en larmes me furent un moment enchanté et je sais que je ne suis pas le seul à m'en être ouvertement réjoui, bien loin de là. Disons qu'on pouvait choisir consciemment de voir le verre à moitié plein pour une soirée en oubliant pas pour autant le verre à moitié vide dont il va désormais falloir s'occuper.
Balayons dès maintenant l'illusion que François Hollande pourra apporter de significatifs "changements", il n'est pas coutume pour nos amis socialistes de toucher en quoi que ce soit aux lois et dispositifs mis en place par la droite : ils ne reviennent jamais sur rien de ce qu'elle a fait. Vous marmonnez en y croyant à moitié que oui mais quand même "ce sera moins pire" ? C'est attendrissant. Allez, admettons que en effet les sosses sauront y mettre les formes, et les privatisations seront gentilles, les sans-papiers expulsés le seront avec des menottes doublées en pilou et avec des bisous dans le cou, et au lieu de prendre en pleine poire un méchant plan d'austérité de droite, on dégustera un sympathique et convivial plan d'austérité "de gauche". Quant à espérer une purge salvatrice dans les médias, où il serait pourtant complètement légitime de placardiser et réduire au silence la cohorte de couinants réactionnaires qui y passent leurs vies, on se contentera de soupirer après et de continuer à les subir, désormais encore plus déconnectés et hululants que jamais.
Ça casse l'ambiance, mais vous ne venez pas de vous réveillez dans un pays de gauche et bien, bien loin de là. Une bonne partie des 51 % de François Hollande sont constitués d'un rejet massif et hérissé de la personne de Nicolas Sarkozy et non réellement de l'adhésion au programme du nouveau président, quand les 48 % du perdant sont en revanche structurés autour de l'adhésion sans condition à une droite dure, guerrière et xénophobe qui passé le choc de la défaite fera tout pour revenir au affaires le plus vite possible. L'UMP va t-elle imploser, le FN mariniste en récupérera t-il les décombres pour un nouveau parti de droite radicale ? On le saura assez vite. Mais surtout n'oublions pas que comme le rappelle brillamment l'ami Guillermo, la droite est incrustée dans les têtes et il va être très long de l'y déloger.
C'est donc maintenant que la guerre commence et on ne saurait trop conseiller à celles et ceux qui voudraient se contenter béatement de la sortie de Sarkozy de ne pas se réjouir trop vite. La bête est blessée, elle n'en est que plus dangereuse et ne reculera devant rien, absolument rien, pour effacer la défaite. Les législatives peuvent lui être le moyen de se refaire une grosse cerise, et déjà que les sosses ne brillent pas particulièrement par leur volontarisme gauchisant, un premier ministre de droite dans une cohabitation tendue achèvera de sabrer les velléités de ce fameux "changement".
Toutefois, pour nous de la gauche la vraie, la configuration actuelle est bien plus porteuse que si Sarkozy avait été réélu, cela va de soi. Disons qu'il va être nettement plus facile de structurer notre camp et de l'installer dans le paysage politique et nous avons 5 années pour en faire une force incontournable. Parce que, entendons nous bien : il ne s'agit pas seulement de défaire la droite et ce qu'elle a fait ; il s'agit de mettre à profit l'élan et un certain optimisme retrouvé depuis hier soir pour écraser la droite et l'extrême-droite et les traquer jusque dans les chiottes. De ce point de vue, il serait fort à propos que notre camp fasse un intense lobbying dès maintenant en faveur d'une refonte et d'un durcissement des lois sur la liberté d'expression, manière notamment de faire fermer leur claque-merde aux collabos 2.0 racialistes qui ont un peu trop eu la part belle ces dernières années. Disons que ce serait un bon début.
La guerre commence, et elle va durer longtemps. On s'est réjoui de leur défaite hier soir, il faut dès à présent refuser de se dire que c'est dans la poche bien au contraire, et en aucun cas se contenter de leurs échecs : nous voulons des victoires qui nous appartiennent en propre.
Ah, et juste, une dernière chose.
C'est la première fois de ma vie que je suis content de m'être trompé :-D
lundi 30 avril 2012
Spleen et pastis 51
Le problème avec les réacs, c'est que quoi qu'ils disent, quoi qu'ils fassent, dès qu'ils font un truc ça sent le pipi de vieux. Ils ont beau s'escrimer à paraître branchés et détendus du gland, il leur faut absolument faire subir leur logorrhée poujado-trépanée au reste de l'humanité qui n'en demandait hélas pas tant et patatras : c'est immanquablement les vagissements éplorés sur l'époque et les considération de philosophie pour dipsomanes écroulés sur le comptoir en reprenant un pastis que les boches auront pas. Fondamentalement, le réac peut faire tout ce qu'il veut et même empiler les lectures, c'est un bon gros beauf à la Cabu qui se donne un genre et rien d'autre. Quand en plus il a des prétentions littéraro-mondaines, il se contente juste d'ajouter le ridicule à sa nature profonde d'imbécile vulgaire.
Comment ça, vous pensez tout de suite aux contributeurs de Causeur ? Alors là décidément, vous m'épatez de tant de perspicacité. Mais il est vrai que le réac, hors les discours terriblement individualistes est de fait complètement grégaire et a besoin de se tenir chaud au milieu de ses semblables. On tombe donc sur des nids où ils se rassemblent en petits groupes frileux et braillards pour pleurnicher en rond sur la "modernité" méchante et parler du dernier Iphone parce que faut pas déconner non plus.
Le problème, c'est que des fois ils "écrivent", figurez-vous. Et quand réac "écrit", c'est plus fort que lui : une pulsion sournoise lui fait confondre effet de style et branlette grandiloquente. Tenez, un exemple concret :
"Vous êtes à une terrasse de café, absorbé dans la lecture d’une grande œuvre, évoluant dans un univers parallèle, et voilà que l’atroce stridence vous rappelle à la trivialité des ennuis de circulation. La décharge de stress qu’induit la sirène peut soudainement envenimer une controverse jusque là courtoise, et sa prévalence sonore vous ruiner une déclaration d’amour. Il y aurait bien moyen de remédier à ces inconvénients mais l’épaisseur et la vulgarité de notre époque est telle qu’il est à peu près certain que nos suggestions resteraient lettres mortes."
Bouffissure et manièrisme, critique de la "modernité" d'un risible à faire chialer de honte un gothique de 15 ans, et surtout tentative désespérée d'un peu faire du Philippe Muray leur idole à tous, et Philippe Muray c'est déjà très très mauvais à la base. Vous en avez lu ? C'est indigent à souhait. Après, on a évidemment les idoles qu'on mérite.
Le petit Romaric Sangars qui écrit ces lignes, on en voit régulièrement des dizaines comme lui en train de traîner à la FNAC, de ces jeunes gens qui cultivent une pose de dégoût du monde et se croient cultivés parce qu'un jour ils ont lu Lautréamont. Depuis, les Romaric Sangars s'habillent en nouar et boivent du picon-bière avec d'autres Romaric Sangars pour s'entre-flatter leur si singulière individualité et se tenir chaud entre petits moutons réacs et donc conformistes. C'est qu'ils se croient très très originaux, ces sots là vous savez. Tenez, ça fonde même des cénacles "littéraires" avec des noms ronflants à souhait du genre "Cercle Cosaque" et comme ils sont choupinous, ces petits bourgeois déclassés taillés en crevettes à se prendre pour des cadors virils de la littérature pourfendeuse, et s'imaginer en preux cavaliers comme ceux qui fondaient sur les campagnes en temps de guerre et en tant qu'Uhlans. On est de bonne humeur et on va dire que c'est mignon. Grotesque. Mais mignon.
Le Romaric Sangars ne fait pas faute de japper sur les personnes plus connues et plus talentueuses que lui, l'envie et le désir obsessionnel de reconnaissance le dévorant sur pied. Stéphane Hessel ayant davantage accompli dans sa vie que tous les Romaric Sangars de la planète, il fallait donc que notre aigri y aille de son jet de bile c'est plus fort que lui :
"L’odieux vieillard, en effet, n’en finit pas de radoter. À cet âge qu’on qualifiât autrefois de « vénérable », on serait censé, à mon avis, s’être un rien détaché des affaires du monde et se préoccuper surtout de préparer sa mort. Mais non, papi Hessel n’en finit pas de gesticuler dans la lumière pour venir postillonner ses navrantes sommations."
Il faut ici rappeler que le vieillard en question à tout de même *un petit peu* résisté à l'occupation nazie quand le Romaric Sangars pose ses petites crottes littérateuses desséchées dans Causeur. Ahem. Serait-il mesquin de constater que la comparaison entre les deux est particulièrement cruelle pour notre hussard en carton ? Oui, en effet, la réponse est dans la question.
Toutefois, il faut admettre à sa décharge qu'il a comme une forme de lucidité quant à sa profonde et totale inutilité. Il l'exprime entre les lignes, d'ailleurs :
"« Vivez ! » Voilà qui vous donne l’envie immédiate de contacter l’Agence Générale du Suicide, que le sémillant Jacques Rigaut avait fondée au temps du Surréalisme. Non, mais ! Je vis, si je veux !"
C'est tout le problème avec ces gens, voyez-vous : ils confondent toujours dépression chronique et lucidité. Alors que quand on est dépressif, on est pas spécialement "lucide" sur quoi que ce soit. On est juste dépressif et...c'est tout.
Disons juste que la plupart des dépressifs ont l'élégance de pas être aussi vulgaires et limités qu'un contributeur de Causeur.
vendredi 27 avril 2012
La grande purge "culturelle"
"A la mort de son père, Cécile 20 ans, quelque peu désemparée, cherche un réconfort auprès de ses amies. Ses amours, au hasard de rencontres, ont parfois un goût amer.
Alice, incomprise par sa mère, rêve d’une grande histoire d’amour. Mais Matt, le garçon qu’elle voit en cachette, est plutôt volage.
Virginie aime profondément son mari mais sa vie intime semble perturbée.
3 histoires et 3 destins qui ne devaient pas se rejoindre"
Bon, c'est sûr que dit comme ça, le moins que l'on puisse dire est que ça crée pas une folle envie de se ruer à le voir, certes. Mais bon, la BA avait l'air de parler du malaise affectivo-sexuelle d'une bande de prolos paumés et je me disais qu'il y aurait peut-être des choses intéressantes à en retirer concernant la façon dont notre société voir le cul, tout en se rinçant l'oeil sur du nichon parce que c'est jamais désagréable. Mon oncle d'Amérique Jack Torrent m'ayant livrée la chose, je décidai de laisser faire la curiosité, genre.
J'ai tout de même peu de souvenirs de pareilles purges cinématographiques et des merdes, j'en ai vu, c'est même un expert qui parle. Sauf que les bouses je les tolère à condition qu'elles soient distrayantes, ce qui ne fût nullement le cas, au point qu'après une demi-heure de calvaire, la chose partit à sa juste place : la poubelle. Et sans état d'âme.
La seule chose qu'on peut retirer de cette flaque, c'est ce que ça dit sur la façon dont le cinéma français montre le sexe à l'écran. On peut bien se moquer des américains et de leur "puritanisme", ça ne vaut guère mieux chez nous. Parce que voyez-vous, le sexe dans le cinéma français, c'est toujours névrotique. Toujours. Les histoires d'amûr et de cul dans le cinéma français, ce n'est que psychodrame permanent, engueulades, hurlements, tourment, souffrance, deuil, culpabilité, bris de vaisselle, suicide, larmes, etc. etc. (comment ça, "comme dans l'extrême-gauche française" ?? Mais quel rapport ? Ahem. Quoique. Bon. Bref). Avec en plus cette prétention à se vouloir "réaliste", proche de la "vraie vie", ce qui permet de faire passer l'extrême pauvreté de la réalisation pour du cinéma-vérité et de lancer ses acteurs dans de grands numéros de portenawak en roue libre. La "vraie vie", ça ? Je ne sais pas quels milieux fréquentent les "auteurs" de "films français réalistes", mais n'avoir dans son entourage que des gens en mode dostoïevsko-paroxystique qui réagissent systématiquement à côté de la plaque et hurlent en cassant tout avant de s'effondrer en sanglots hystériques pendant qu'ils s'ouvrent les veines ne doit pas être de tout repos. Sauf que non, évidemment, personne dans la "vraie vie" ne réagit de cette façon, ce n'est que la projection des névroses et angoisses de "l'auteur", noyées dans des couches gluantes de romantisme post-ado. D'ailleurs, quand on baise dans le cinéma français, c'est sur du piano. Pour montrer qu'on fait l'amûr et que faire l'amûr c'est bô. Et triste. Mais bô. Mais toujours triste, hein, c'est important. Et on va pas niquer en écoutant Rammstein, dans le cinéma français tu comprends, ça serait genre trop vulgaire quoi.
Et si le CNC arrêtait de filer du fric à des réalisateurs parisianistes et dépressifs qui font des films pour éviter d'aller chez le psy ?
Et si d'une manière générale, le cinéma français pouvait arrêter de complaisamment se regarder le nombril et de se noyer dans un spleen bidon et ridicule ?
Comme prévu, j'en entends au fond à gauche qui me jettent des Téléramas déchirés en hurlant au poujadisme beaufisant. Admettez que vous êtes terriblement prévisibles. Notez, je vous aime bien hein, vous êtes quand même plus utiles que ces parasites qui sortent d'écoles de commerce c'est objectif ; c'est juste que j'enverrais volontiers pas mal de cultureux parisiens faire de l'animation socioculturelle dans le 9 cube pendant un an, manière qu'ils voient un peu de près "les vrais gens de la vraie vie".
Et je ne peux pas m'empêcher de pense que l'ambiance "culturelle", films, musique et spectacles, dans laquelle baigne en permanence notre camp politique, ne fasse beaucoup pour instiller cet état d'esprit de "doute", de "je sais pas", de "c'est plus compliqué que ça". De ce que j'en ai vu, ce n'est qu'angoisse, prise de tête, lourdeur, grisaille, et ça finit mal à la fin. Je vais trop vite en conclusion et cette hypothèse est par trop capillotractée ? Prenez du recul et regardez à quel point ce grand bain culturel dans lequel nous barbotons est marqué au sceau du négatif permanent et de la critique critiquante qui tourne en rond. À quel point on s'est complaisamment installés dans le "complexe" et la prise de chou doutante qui paralyse l'action et entrave la décision. C'est sûr que spontanément, on va se diriger vers les oeuvres qui nous arrangent à ce niveau, qui vont nous conforter dans cette idée que le "négatif" et la critique seraient plus "profondes". Ce qui est faux. On est pas plus "profond" parce qu'on est malheureux comme un caillou, on est pas superficiel en étant heureux. Le pessimisme n'est pas la marque d'un esprit pénétrant, loin de là.
Il y aussi une grande purge "culturelle" à effectuer chez nous, et bien des idées fausses à renverser.
mercredi 25 avril 2012
Hystérisme stérile de l'antifascisme en carton
C'est donc, 10 ans après, le retour de la grande quinzaine de l'antifascisme en carton et décidément, ça ne s'arrange pas. En 2002 il s'agissait de croire à tout prix que Le Pen était Hitler et de faire le maximum de points Godwin possible, en 2012 on continue dans la joie et la mode sera donc de faire un exacte parallèle entre Sarkozy et Pétain. Rien moins. Il apparaît donc nécessaire de recadrer le débat avec force coups de pied au cul et avouez que vous méritez, à la longue, tout de même.
On va la faire courte mais il semblerait, et même avec une lecture superficielle de l'Histoire contemporaine, qu'il y ait quelques menues et relativement insignifiantes légères nuances subtiles et délicates entre Nicolas Sarkozy Et Philippe Pétain. Par exemple, le premier n'a pas eu de carrière militaire et n'a pas de képi ridicule et rigolo. Et le second a laissé c'est le moins qu'on puisse dire un fort déplaisant souvenir, puisqu'il a entre tellement d'autres choses envoyé des milliers de Juifs à une mort certaine en toute connaissance de cause, fait fusiller des opposants par paquets, étouffé toute contestation sous toutes ses formes et interdit l'expression d'autres partis politiques.
Or, et on ne peut me soupçonner de la moindre indulgence envers la méprisable personne de Nicolas Sarkozy, il ne me semble cependant pas que ce dernier soit allé récemment à commettre toutes ces choses. Partant, la Une de l'Humanité d'aujourd'hui est disons le franchement non seulement ridicule mais bien pis que cela : elle en devient contre-productive et nuisible à la lutte anticapitaliste et antifasciste.
On est quelques uns et unes à se gratter la tête avec force perplexité pour se demander à quoi ça rime tout ça, à la fin. Qu'est-ce qui "parle" quand des gens, a priori intelligents et diplômés, se mettent tout soudain à jeter par dessus bord toute référence historique un peu sérieuse et toute analyse même immédiate, pour se mettre à brailler "SARKOZY = PÉTAIN !!!" ? Sans doute l'image est forte et heurte avec puissance les esprits ; le problème est qu'elle n'est pas seulement fausse : elle est révélatrice d'un certain état de la gauche et de comment ça s'y passe désormais.
À commencer par la stupéfiante inculture politique qui semble être devenue la norme à gauche, et qui signe que la "politique de dépolitisation" (Bourdieu, dont on serait curieux de connaître l'opinion en ce moment, lui qui a toujours voulu mettre en avant le raisonnement construit et se méfiait comme de la peste de l'immédiateté sans recul) a accompli un travail proprement remarquable : Sarkozy c'est Pétain ?? SRLY ? Vous pensez vraiment ce genre de connerie ? On vit sous un régime de Vichy avec le haut-débit et les Jeunes Pops sont des proto-Miliciens ?? Bitch. Please...
Ensuite, d'un point de vue de l'image de soi, bon, c'est toujours tellement agréable de se prendre pour des émules de Jean Moulin et des maquisards de clavier. Là aussi, on notera une subtile nuance : eux risquaient concrètement leurs libertés et leurs vies...j'aimerais bien disposer d'une DeLorean en ce moment pour en ramener un ici et lui expliquer qu'il paraîtrait qu'on vit sous le fascisme national-populiste...juste manière de voir sa tronche, voyez ?
L'inculture politique est assez inquiétante en soi, il n y avait nul besoin d'y accoler la victoire complète et définitive de la dictature de l'émotion à tous les étages. "Sarkozy = Pétain", ce n'est pas "penser" politiquement, c'est sur-réagir en mettant un excédent d'affect en avant et se donner une identité de résistant en carton à très peu de frais. Or, on ne lutte pas contre la fascisme avec de l'émotivité, auquel cas le très légitime rejet qu'il inspire spontanément nous en aurait débarrassé depuis longtemps. L'hystérisation du débat politique actuel est naturellement la suite de l'anti-sarkozysme maniaque de ces 5 dernières années et juste, posez vous la question : est-ce que ça nous a débarrassé du sarkozysme et de Sarkozy ? Non et bien loin de là.
Un combat politique efficace, c'est celui qui sait prendre du recul pour analyser exactement l'objet qu'on combat et en cerner les contours exacts. Ce n'est même pas une question de "froideur", c'est une question d'efficacité et de pragmatisme. C'est ce qui aide à définir une stratégie. Et dans ces matières comme dans d'autres, à gauche, la régression est bien, bien trop profonde.
mardi 24 avril 2012
lundi 23 avril 2012
Are you ready, now ?
Et c'est reparti.
Et que je vais vomiiiiir, et que j'ai envie de pleureeeeeer, et que les gens c'est des cons, et que ça me dégoûte de vivre dans ce pays (de cons), et que je suis triste et que j'ai pas le moral et que blablabla, le même psychodrame et les mêmes réactions, surémotives, qu'il y a 10 ans après un certain 21 avril. Les mêmes, exactement et je ne serais même pas surpris qu'elles viennent des mêmes gens. À croire que personne n'a rien appris ni compris en pourtant 10 années où on avait largement le loisir de voir que l'extrême-droite était confortablement en train d'installer sa présence en profondeur. Ou personne ne voulait voir ce qui se passait et préférait se réfugier dans un confortable déni, ce qui est pire encore.
Le Pen à 20 % ? On était quelques uns à la voir à bien plus, 22 voire 25. Qu'elle ait été temporairement devancée par Hollande dont les suffrages doivent surtout non à l'adhésion au projet socialiste, mais d'abord au rejet du président sortant ne cache néanmoins plus du tout la réalité : 20 % de l'électorat en France adhère à la xénophobie et là dessus on ne peut plus prétendre qu'il s'agit d'un vote "protestataire". Ça l'a été, ce fût le cas pendant des années : ça ne l'est plus. Ne serait-ce que parce que cette année, le "protestataire" pouvait tourner son suffrage vers Mélenchon et au passage, il faut se demander à combien serait le FN sans sa candidature...
Le vote Front National reste donc un vote de malaise qui prend ses racines dans le terreau de la destruction de tout lien social et de la peur d'un avenir porteur de lourds nuages - comme le confirmeront les études sociologiques à venir -, pour autant il a mué dans son expression en rejet de l'étranger et en poujadisme décomplexés. On remerciera donc au passages les deux castes principales ayant joyeusement contribué à enfoncer la xénophobie dans les cervelles, à savoir l'UMP et ce gouvernement qui a commencer à draguer l'électeur frontiste dès hier soir sans que ça lui pose évidemment le moindre problème, et la petite clique d'éditorialistes frelatés, Zemmour, Elisabeth Lévy et consort dont l'omniprésence médiatique sans contradicteurs sérieux sur tous les supports médiatiques possibles a très confortablement labouré le terrain et rassuré ceux qui hésitaient encore à voter extrême-droite.
(Sans oublier une spéciale dédicace à une certaine presse bobo en ligne qui a trouvé très intelligent de faire 2 ou 3 articles sur le FN par semaine pendant des mois pour essayer de les "comprendre" et aussi de faire du clic parce que ça mange pas de pain. Bravo et encore merci).
Et maintenant, donc ?
La question que je me pose, personnellement, est la suivante : est-ce que, enfin, le "peuple de gauche" va ouvrir les yeux ?
Est-ce que vous allez enfin comprendre dans quel pays nous vivons ?
Au lieu de continuer à vous consoler en écoutant Didier Porte et à stérilement vous "indignez" ponctuellement tout en vous résignant à voter utile par ce qu'il faut bien nommer de la couardise ?
Je comparais cette gauche à ces ours polaires coincés sur leur bout de banquise en train de fondre et observant avec angoisse le niveau de l'eau glacée se rapprocher. Tout en faisant tout leur possible pour nier que leur situation allait devenir quelque peu problématique dans un avenir très proche. Désormais, la glace a craqué une bonne fois et tout le monde est à la baille. Puisse ce contact certes brutal - mais ô combien prévisible et depuis fort longtemps...- en réveiller certains.
À présent, pourriez-vous je vous prie avoir l'élémentaire politesse d'arrêter de chougner et de remballer vos lamentos "citoyens" sur l'air de mais qu'est-ce qu'on peut faire mais qu'est-ce qu'on peut faire bouhouhou ouin ouin ouin. Si vos scrupules démocratiques vous travaillent à ce point, vous irez voter Hollande dans 15 jours, encore que ça ne changera pas grand' chose sur le terme.
Quoi faire ? Mais mes bon amis, si il n y a qu'une seule chose à enfin comprendre, ce n'est que la simple réalité élémentaire : nous sommes en guerre...
Et tant que vous ne comprendrez pas ça, tant que vous chougnerez à chaque coup dur, tant que vous vous consolerez avec de la "Culture", en un mot : tant que vous fuirez cette réalité, la droite et l'extrême-droite progresseront.
Alors ? Etes-vous enfin prêts à affronter la réalité ?
lundi 2 avril 2012
Du passé faisons table rase
Ayant décidément les audaces intellectuelles les plus ébouriffées et ne craignant point de m'aventurer au plus profond des marécages les plus fangeux de la sous-pensée droitière, je suis en train de lire "De l'urgence d'être réactionnaire" d'Ivan Rioufol et rassurez-vous c'est un cadeau qu'on m'a fait, parce que lire des conneries c'est une chose et on ne va pas en plus payer pour ça.
Passons sur les, ahem, "analyses politiques" du bonhomme, elles n'ont évidemment aucun intérêt et rendent même la lecture de l'ouvrage délicate puisqu'il est impossible de ne pas ricaner à chaque page quand on apprend que la France de 2012 est entièrement livrée aux mains de l'islamocommunisme bienpensant et qu'un Rioufol qui a table ouverte dans tous les médias possibles et imaginables s'auto-dépeint comme un "résistant" de cette inique oppression.
Il fait presque de la peine, ce brave Ivan, quand il psalmodie ses incantations pour une "révolution conservatrice" alors qu'elle a déjà eu lieu. Insidieusement, sans éclat ni barricades, sans débiles mentaux d'un Tea Party tricolore, et dans un processus étalé sur plusieurs années mais le fait est là : la France est désormais un hospice à ciel ouvert bourré ras la gueule de petits vieux de 7 à 77 ans qui ont peur de tout et haïssent l'idée même de changement. Le conservatisme est à ce point incrusté dans les esprit qu'il touche de plein fouet même la frange de gauche qui se réclamait encore il y a peu d'une "avant-garde" et il faudra revenir là dessus un peu plus avant.
Ce qui frappe toutefois dans "De l'urgence d'être réactionnaire", c'est le ton d'optimisme résolu et conquérant qui se dégage de l'ouvrage ; bien loin des jérémiades déclinistes de ses billets, Rioufol est bel et bien animé d'une sérieuse vision résolument tournée vers un avenir qu'il ne peut imaginer que converti à ses idées et ce pour une raison d'une simplicité de cristal : les idées en question, il a une confiance absolue en elles. Le doute n'effleure pas le réac, il vit dans sa bulle et y est très bien et plutôt que de se fader l'ennuyeuse réalité il a choisi de la plier à ses fantasmes. Nous sommes donc dans une situation où les conservateurs voient l'avenir avec confiance et les progressistes se replient avec frilosité sur un passé toujours plus glorieux que nos tristes temps immédiats. Ce paradoxe explique la stagnation générale de toute une civilisation devenue infoutue d'envisager son propre avenir et qui n'en peut plus de trop de changements de toutes sortes arrivés très vite, trop vite :
"Il s’agit à mon sens d’une réaction collective inconsciente au flot incessant de nouveautés que nous vivons sur les fronts techno-logique, géopolitique et économique. Notre capacité à accueillir le changement perpétuel est limitée et, à l’heure actuelle, nous sommes saturés. Ainsi, au moment où Internet, les smartphones, l’essor de la Chine, le 11 septembre, l’économie casino et la crise perturbent et transforment nos vies, nos espoirs et nos rêves, nous nous cramponnons comme jamais à ce qui nous est familier en termes de style et de culture."
Certes, cette stagnation a des raisons et on peut comprendre qu'elle impacte fortement les individus et les mouvements même le plus politiques ; on peut toutefois le comprendre et en être excédé. Surtout quand on voit ici toute une partie de la gauche radicale ne plus savoir quoi inventer pour justifier de ne surtout rien faire et se cramponner à des formes désormais obsolètes ne parlant plus à absolument personne. Je reste sous le choc de ces deux militants NPA m'ayant sereinement asséné qu'en 2012 "Internet, ça n'a pas d'influence sur la vie des gens" et continuant de rêver à un remake de mai 68. Et encore ceux-là n'étant plus les plus crispés loin de là, "l'extrême-gauche" au sens large étant en ce moment très occupée à son jeu préféré : s'engueuler férocement et de subdiviser en micro-chapelles d'autant plus braillardes qu'elles ne représentent rien politiquement parlant. Quand ils s'engueulent à droite, et ils peuvent le faire férocement (la bombe qui a explosé sous les fesses de François Duprat ayant été vraisemblablement mise là par ses propres petits copains), ils le font relativement discrètement, et surtout savent toujours se ressouder face à l'adversité ; à gauche quand on a un désaccord politique, y compris sur des questions de formes, ça devient immédiatement un psychodrame hystérique et fratricide aboutissant à des ruptures définitives et sans retour. En ce moment, la priorité absolue d'une partie de la gauche de la gauche, ce n'est même pas de combattre la droite c'est de taper obsessionnellement sur Mélenchon et dans le même temps de se lamenter que nos idées ne soient pas au pouvoir. La maladie habituelle en somme : se prendre la gueule et tout justifier parce que rien n'est assez "marxiste", "communiste", "trotskyste", "bolchevik léniniste" chimiquement pur, et trouver des citations dans des livres écrits par des gens morts depuis un siècle pour prouver qu'être minoritaires et impuissants c'est décidément un but politique à part entière.
Pour ma part, je ne discute même plus avec ces gens, c'est une perte de temps. Ils ne veulent pas que leurs idées soient au pouvoir parce que rien ne leur fout plus la trouille que précisément le pouvoir réel, ils veulent rester au chaud entre eux pour cultiver leurs pétoches d'un monde qu'ils ne comprennent plus et continuer à se rassurer en excluant les hérétiques. Je n'adresserais désormais plus la parole qu'aux gens qui veulent faire quelque chose et agir dans le concret, dans leur époque, ici et maintenant. Dernièrement c'était le 22 mars et personne semble t-il ne l'a notifié. Tant mieux : tout ce qui symbolise les vestiges d'époques d'autant plus glorieuses qu'on ne les a pas connues est en train de disparaître comme sur une photo sépia jaunie par le temps, et nous autres progressistes ne sommes plus sous le joug du jugement symbolique d'un passé auquel on est plus du tout obligé de se référer constamment avec stupeur et tremblement.
J'ai confiance pourtant. Je pense et sincèrement que nos idées viendront à dominer. Oh, pas en 2012, pas non plus en 2017, les dégâts du sarkozysme perdureront au-delà de Sarkozy lui-même ; ce qui n'est en rien une raison pour baisser les bras, disons juste que l'époque semble propice à une mise à plat de beaucoup de choses auxquelles nous nous sommes raccroché pendant trop longtemps et qui étouffent l'élan et l'innovation. Finalement, le vrai clivage droite-gauche se définit très simplement à nouveau :
"Si vous n’aimez pas l’ordre établi, si vous ne craignez pas l’innovation, les risques, si vous êtes un peu parieur, ce tempérament vous conduit à être de gauche.
Si vous êtes davantage soucieux de sécurité, si vous craignez pour ce que vous avez, pour ce qui existe, si vous craignez l’arrivée de gens venus d’ailleurs, vous êtes de droite."
mercredi 21 mars 2012
Et quoi encore ?
Ils n'auront pas été très longs, mais on sait que dans l'absence complète de scrupule et le rejet ricanant de la plus élémentaire décence, les fafs n'ont jamais brillé très fort. Les aisselles moites de contentement et l'entrejambe humide de bonheur, ils peuvent se ruer pour récupérer la mort d'innocents et l'exploiter complaisamment. Oubliant joyeusement au passage que leur collègue Anders Breivik s'est tout de même distingué par une tuerie de 10 fois plus de victimes mais on sait que pour ce qui est du carnage de masse, l'extrême-droite a toujours su se distinguer de ses rivaux. Comme quoi le goût de l'organisation, ça a au moins le mérite de l'efficacité.
Contents comme cochons se roulant dans leur purin, les fafounets s'ébattent désormais dans leur élément naturel et s'en donnent à coeur joie ; un MUSULMAN BORDEL, pour eux c'est mieux qu'inespéré c'est Noel, Pâques et les grandes vacances en même temps et en mieux. L'impérialisme occidental fabrique les monstres qui lui reviennent en pleine gueule et trouvent toujours des raisons délirantes de massacrer des innocents, ça on le sait depuis le 11 septembre mais entrer dans ce genre de considération c'est de la politique et ça nécessite de faire fonctionner une paire de neurones reliés entre eux. Rien de tout ça à fafland et dans la réacosphère où le niveau d'analyse politique ne dépasse jamais celui d'une méduse morte et où on est non seulement trop bavant de jouissance morbide d'avoir trouvé un coupable idéal, mais on voudrait également en profiter pour enfin faire taire une bonne fois pour toutes ces méchants démocrates qui s'obstinent curieusement à penser que le fascisme c'est quand même moyen sympa à la fin. Cf. le communiqué dégoulinant de fausse indignation perverse du FN et intitulés avec classe et vista : "Aux Salauds".
"Vous avez essayé d’ajouter à l’horreur du drame votre mauvaise vindicte politique. Vous devriez présenter des excuses au Front National, à ses électeurs et à Marine Le Pen. Vous devriez de toute façon vous taire pendant un long moment."
Juste une question : depuis quand des "salauds" devraient présenter des excuses à des fumiers ? Petite tentative de chantage bien répugnante comme il est de coutume au FN et satellites, toujours le même rêve humide de réclamer la "liberté d'expression" pour soi en faisant taire ses opposants et puisqu'on y arrive pas physiquement puisqu'on est pas au pouvoir, une bonne grosse intimidation en brandissant des cadavres d'enfants pour surfer sur la légitime horreur que ces morts provoquent. Les ordures ça ose tout et c'est à ça qu'on reconnait un fasciste.
Sauf que non et définitivement non, les fafs, "on" ne va pas se taire devant vous et on ne va pas vous laisser faire tranquillou votre besogne de ramassages de poubelles. Vos méthodes on les connaît par coeur, vos idées ont sait exactement ce qu'il en est, et on est un sacré paquet à ne pas s'être laissé avoir par votre "dédiabolisation". Vous voulez nous faire fermer nos gueules ? Pauvres de vous. Vous n'êtes pas encore au bout de vos peines.
mardi 20 mars 2012
La ville où on tue des enfants
D'habitude j'adore les matins et me réveiller. J'aime prendre mon café pour me désengourdir de ma nuit et c'est souvent le moment le plus agréable de la journée. Sauf aujourd'hui puisque je me réveille dans un endroit que je ne connaissais pas, que je ne soupçonnais pas et que surtout je ne reconnais pas. Je me réveille dans une ville où on tue des enfants et tout a un arrière-goût âcre qui ne passe pas.
Je vois le déferlement d'émotion qui s'abat partout et comme à chaque fois je ressens le même malaise devant cette "communion nationale", déjà cette overdose dégoulinante qui sursature les médias et les esprits et qui empêche toujours de prendre le recul nécessaire, l'indispensable distance pour analyser et réfléchir. Je n'aime pas la couverture de Libé de ce matin, que je trouve racoleuse et maladroite, quand bien même il y aurait une certaine sincérité à exprimer la compassion. J'en suis d'autant plus agacé que même moi j'ai l'impression, pour une fois, de céder à la vague, moi qui m'efforce de toujours me distancier intellectuellement. À ceci près à ma décharge que cette école se trouve à 600 mètres de là où j'habite et on comprendra que je sois assez remué : la proximité d'une telle désolation vous éclabousse toujours, quand bien même vous n'êtes pas directement concerné...
Et je sais bien que ce n'est pas la seule ville où on tue des enfants, tous les jours dans le monde il y a d'autres villes où on tue des enfants. Certains n'ont pas manqué de mettre en balance que des enfants palestiniens sont tués aussi et qu'en somme ça "équivaudrait"...je ne dispose pas pour ma part d'une telle balance où je mettrais d'un côté des enfants arabes morts et de l'autre des enfants juifs mort pour me demander lesquels "pèsent" le plus. Tous pèsent trop lourd de toute façon et ils écrasent ma conscience de la même manière insupportable.
Ça fait des années qu'on peut observer que ce pays s'enfonce dans l'attisement de toutes les phobies et que l'actualité n'est qu'un long hurlement de haine des uns contre les autres. Le climat politique n'est même plus délétère, il est complètement empuanti et suffocant, et il est à craindre que désormais il le devienne plus encore. Bayrou a pour une fois raison, en effectuant ce simple constat quand il dit : "Il y a un degré de violence et de stigmatisation dans la société française qui est en train de grandir". Il ne fait que décrire la pleine réalité.
Il y a donc tant de folie dans ce pays qu'un seul homme est parti en croisade de sang et est allé si loin dans le rejet de toute décence qu'il exécute des gosses d'une balle dans la tête. Tuer est déjà un acte qui vous pousse hors de l'humanité normale, qui vous retranche des autres par son caractère définitif et irréparable. Tuer des enfants, et qui plus est en l'ayant planifié par avance et en sachant parfaitement ce qu'on fait, c'est franchir un point de non-retour hors de la civilisation. À ce stade, toute spéculation sur l'identité et les motifs du meurtrier seraient non seulement vains mais surtout irrespectueux pour les victimes. Deux choses sont cependant certaines : il sait tuer, il a appris à préparer des meurtres et les planifier pour atteindre efficacement son objectif ; et il est en mission, une mission de désolation où il s'est donné à lui-même l'ordre de tuer ceux qu'il hait. Pour ce qui est de qui il est, il faudra attendre d'être plus informé.
Bien sûr que comme on dit, "la vie continue". D'autant plus facilement pour moi qui n'ai perdu personne, il va sans dire. Et donc oui, en effet, la vie va continuer et je vais vaquer et être occupé.
Mais je vais l'être dans une ville qui sera différente et changée, désormais. Jusque là, j'ai toujours, comment dire...fais confiance à l'endroit où je vis. Je m'y suis toujours senti bien, même dans mes moments les plus difficiles, et j'étais heureux d'y vivre, tout simplement.
Maintenant, à cause d'un seul homme, je ne vis plus au même endroit. Je vis dans une ville où on tue des enfants.
mercredi 14 mars 2012
Cycle
C'est donc cela le sentiment d'avoir atteint la fin d'un cycle et de prendre une pause pour penser la suite des évènements.
Je me demandais pourquoi je n'écrivais que de loin en loin, sachant néanmoins que je suis intellectuellement impliqué dans d'autres tâches en ce moment qui mobilisent pas mal de mes énergies corticales ; mais quand même, la question me tenaillait. Plus envie d'écrire ? Lassitude au bout de 5 ans de blog ? Plus rien à foutre tout simplement ?...
Mais bel et bien plutôt, comme je l'ai peu à peu compris, surtout le sentiment d'être arrivé au bout d'un cycle, d'avoir mené une idée à terme, et d'avoir envie de souffler avant d'en redémarrer une autre.
Ce qui finalement entre assez bien en coïncidence avec l'époque.
L'époque, justement : je ne peux m'empêcher d'éprouver sinon une joie mauvaise du moins un certain contentement pas dépourvu de mesquinerie il est vrai, devant le spectacle de la bobosphère en train de s'affoler devant l'inévitable "croisement des courbes". On va dire que quand les sondages démontrent que c'est Hollande qui va l'emporter ils sont fiables, et quand il montrent que c'est Sarkozy ils deviennent magiquement bidons, si j'ai bien compris le "raisonnement". Stupéfiante chose que l'esprit humain, surtout quand il s'acharne à nier ce qui ne l'arrange pas, et ce n'est pas faute pour ma part d'essayer de vous préparer psychologiquement depuis des mois à l'inéluctable, qu'au moins pour une poignée le choc de la réélection de Sarkozy soit moins brutal. Pas de pire sourd que celui qui ne veut entendre, vieille histoire, mais aussi, admettez que la technique est ingénieuse. Je m'explique :
Ça fait 5 années que je vois des gens collés au cul de Sarkozy H24 à commenter ses moindres faits et gestes avec une délectation proprement morbide. N'ayant pas de télé, je ne peux ignorer quand ce méprisable personnage y passe, mon Twitter ne parlant que de ça jusqu'à la nausée, et d'ailleurs je fuis craignant l'overdose. Sarkozy aura réussi l'exploit de transformer ceux qui le détestent le plus en ses plus grands fans par une fascination répulsive perpétuelle qui anéantit tout esprit critique et tout recul chez des personnes mêmes intelligentes d'habitude : d'où le refus d'admettre sa réélection, le mécanisme se décomposant comme suis.
- Je hais ce type.
- Chacun de ses fait et gestes et mots renforcent l’exécration que je ressens pour lui.
- Je suis complètement focalisé sur lui et passe un temps déraisonnable à commenter absolument tout ce qu'il fait et dit.
- Je me suis trouvé un cercle de gens qui partagent la même obsession et on s'émule l'exécration en rond pour se tenir chaud.
- Partant je suis sincèrement convaincu que tout le monde le déteste.
- Et d'ailleurs je trie les informations pour ne garder que celles qui vont dans ce sens.
- Partant il est donc impensable qu'il soit réélu puisque tout mon monde ne peut plus le voir en peinture.
- Et envisager ce scénario est trop déstabilisant, partant je le nie avec force et insistance, en gueulant contre les sinistres Cassandres qui font rien qu'à faire de la dissonance cognitive pas gentille.
Inutile d'y revenir, j'en ai déjà parlé en long et en large, et au moins je saurais me consoler le cruel soir des résultats venus avec toutes les bouteilles de champagne que j'ai parié auprès d'incrédules refusant de voir la réalité telle qu'elle est. Les pauvres : je ne joue que quand je suis absolument certain de gagner...
Le cynisme tout seul c'est bien gentil, mais pour qu'il soit efficace au moins faut-il l'accoler à une action politique intelligente. Et d'intelligence stratégique, on en voit hélas fort peu à gauche ces derniers temps, remplacée qu'elle est pas l'antisarkozysme hystérique de presque tout le monde. Certes de l'intelligence "critique", nous n'en manquons pas et encore heureux : nous n'avons plus que cela, faire de la "critique" et "déconstruire". Fort bonne chose certes oui et moi-même ne me suis pas privé de la faire, et continuerai encore fort longtemps. C'est simplement qu'une page politique s'est tournée et que le rapport de forces à évolué. Et en bon marxiste, je tiens compte des nouveaux paradigmes pour évoluer.
Évoluer, et donc se débarrasser du passé qui entrave ; de ce point de vue, il devient indispensable que notre esprit si "critique" se tourne vers nous-même afin de considérer froidement ce qui, en une période de crise mondiale du capitalisme, fait que notre audience soit à ce point confidentielle. Un rapide regard montre cependant que les principaux responsables ne sont pas les individus qui font courageusement ce qu'ils peuvent, mais les conservatismes qu'ils sont incorporés et qui sont autant de freins et de blocages. Attendre "le retour des luttes" ? Les mobilisations et manifs ne font plus peur à personne et espérer un retour de 1995 est une songerie creuse qui sert d'abord à se consoler devant la dureté des temps. Le militantisme souffre de sclérose chronique et n'est plus ce lieu ou devrait s'élaborer une pensée analytique tournée vers l'action, il est devenu l'entre-soi où on se tient chaud entre une poignée de convaincus qui décident de quand on colle des affiches. La conscience des masses est descendue trop bas et nous restons trop haut dans nos cénacles pour les toucher efficacement.
Le repli favorise les comportements de crispation, et il faudra également en finir avec les petits commissaires politiques de la bienséance de gauche, toujours prêts à vous bondir dessus au moindre soupçon de déviationnisme et qui guettent avec gourmandise un éventuel faux pas hors des clous dont ils sont décidé d'être les gardiens sourcilleux. Autant de professeurs de morale qui n'aiment rien tant que vous asséner qu'on doit être SÉRIEUX et qui contribuent grandement à cette ambiance d'église pleine de courant d'airs qu'est devenue la gauche radicale.
Encore une fois il faut faire ce qu'on sait faire, et je sais "faire" Internet. Gardant la conviction que le pouvoir se gagne d'abord dans les têtes et que le pixel est un moyen d’une importance croissante d'y accéder, j'ai envie de tenter cette expérience d'un espace original dédié à réoccuper le territoire laissé à l'abandon par notre camp. Et cela je n'y arriverai pas seul, il me faut donc des volontaires et avant que de vous enflammer spontanément pour vous proposer, cadrons les choses dès maintenant : ce ne sera pas la démocratie. C'est-à-dire qu'étant le gus qui a eu l'idée et qui lance le projet, je ne vais pas laisser n'importe qui me casser les couilles sous prétexte de "liberté d'expression" et je ne connais que trop bien les forces centripètes qui bouffent notre camp et le paralysent stérilement. Autant dire que si vous avez l'idée d'y venir pour y mettre le dawa en chantant les louanges du voile ou affirmer que le 11 septembre c'est la CIA, il y a des forums pour ça. Ça refroidit ? Tant mieux. Mais dépêchez-vous quand même, la mise sur orbite devrait avoir lieu d'ici un mois ou deux (et j'en profite pour faire un bisou à J. qui fait du super boulot, thx bro).
Fin de cycle, début d'un autre et en attendant je ne lâche pas CSP parce que que quand même : il faut bien s'amuser un peu, tout de même. Tout en gardant à l'esprit le mot d'ordre principal :
jeudi 8 mars 2012
Libéral-libertinage et progressistes en carton
En cette journée féministe, il n'est pas inutile de recadrer un peu le débat, y compris sur celles - et ceux - qui se braillent "féministes" quand ça les arrange bien au niveau du porte-monnaie. On sait depuis une trentaine d'années maintenant qu'à un moment dans l'Histoire un certain féminisme a honteusement copulé avec son ennemi le néolibéralisme et a engendré de monstrueux rejetons libéraux-libertaires pour lesquels droits des femmes et économie de marché sont copains comme cochons. D'où à présent un certain discours soi-disant "transgressif" qui voudrait faire passer l'industrie du porno pour un modèle d’émancipation parce que c'est bien connu : rien de tel que se faire défoncer par trois culturistes dans un garage pour devenir un symbole de la lutte féministe, c'est l'évidence même voyons.
Ce discours sur le porn étant porté par une poignée "d'actrices" complaisamment invitées partout et ne manquant jamais de se rendre sur la plateaux fort court vêtues en déballant un laïus archi-convenu sur l'éclate totale de faire ce job et à quel point se sont de sacrés coquines dans la vraie vie - peu importe que ce soit vrai ou pas, l'important étant d'enflammer l'imagination du mâle devant le poste et de lui faire sortir sa carte bleue -, devenant ainsi des modèles de subversion par le sexe selon un schéma rebattu depuis les années 60 et la révolution sexuelle d'alors, toute personne se mettant en tête d'avoir un regard un peu acéré sur ce business, ses implications quant à l'image des femmes - sans parler de la façon dont l'écrasante majorité de ces "actrices" sont traitées c'est à dire comme de la merde - se verra bien facilement relégué au rang de ringard jaloux aigri et frustré, pour ne pas dire de cryptofasciste torquemadesque. Nous allons revenir sur ce point, mais avant nous illustrerons notre propos par des extraits d'une tribune ahurissante de bêtise écrite par Katsuni, "Chef d'entreprise, Actrice X" laquelle ne craint pas de se ridiculiser en public en prétendant que le porn est la pointe avancée de l'égalité salariale.
"A l'heure où le débat de la parité salariale est de nouveau à la une de l'actualité, le porno, souvent accusé d'exploiter les femmes, de véhiculer une image dégradante de la sexualité et de prôner des valeurs machistes, est néanmoins dans notre société l'une des rares industries à voir les femmes (les actrices) plus rémunérées que les hommes. Explications."
Oui, Katsuni, explique nous. Nous sommes pantelants, sincèrement. Ah oui, juste avant, une petite précision : le porno n'a pas à être "accusé d'exploiter les femmes, de véhiculer une image dégradante de la sexualité et de prôner des valeurs machistes" : c'est ce qu'il fait et ce sont les ressorts structurels de cette industrie. C'est un fait objectif et nier cela consiste à vivre au pays des poneys, on va y revenir aussi n'aie crainte.
"Payés à la scène, les travailleurs du X touchent un cachet (dont le montant varie en fonction du pays) et non un salaire fixe mensuel"
Pas comme des fonctionnaires quoi, berk.
"Aux Etats-Unis où se tourne l'essentiel des productions occidentales, leur rémunération est particulièrement homogène, l'existence d'agences pour acteurs/ices (interdites en France car assimilées à des proxénètes) contribuant à maintenir des montants de cachets assez stables."
Et on est drôlement contents pour eux. On peut toutefois douter que les bulgares de 19 ans qui passent des "castings" qui sont autant de semi-viols - voire des viols tout court parfois - soient à ce point concernées par ces exemplaires revendications salariales. Mais c'est vrai qu'on parle des States, modèle indépassables de nos libéraux-libertins qui ne jurent que par lui.
"Il faut être minimum deux pour exécuter une scène. Même travail, contraintes similaires, et pourtant, l'égalité entre hommes et femmes dans l'industrie du X n'existe pas. Le cachet d'un acteur porno est 25-30 % moins élevé (parfois même deux fois moins élevé) que celui de sa collègue même si celle-ci débute dans le métier alors que celui-ci pourra avoir dix ans de carrière derrière lui."
Voilà en vérité qui est formidable et signe un progrès incontestable dans les relations hommes-femmes. Non ? Renversement des valeurs proprement nietszchéen dans son vertige puisque le schéma classique du 30 % de salaire en moins est ici inversé, et on se demande bien pourquoi, tout de même. Fort heureusement, notre madeliniste du cul nous livre candidement l'explication.
"Même si les mentalités évoluent et le marché du X avec, un film porno est un produit de divertissement encore essentiellement consommé par les hommes et même le public composé de femmes est aussi très sensible au casting féminin d'un film X. La femme est donc l'argument qui fait vendre. Elle est la source du fantasme, sa représentation, l'image que l'on veut voir mais aussi la personnalité que l'on souhaite éventuellement connaître."
En clair : la marchandise-femme est consommée par un public essentiellement masculin, les femmes qui regardent du porno ne représentent qu'une minorité complètement négligeable et ce sont les hommes qui vont dépenser leur fric, ce qui est fondamentalement la seule chose qui intéresse cette industrie. Laquelle, et c'est Katsuni qui l'admet elle-même avec ce mélange de cynisme froid et de candeur qui est la marque des libéraux hardcore, est basée sur une exploitation totale de la femme tant au niveau de l'usage de son corps que de son image. Quant à la "personnalité" des actrices X, c'est un argument marketing destiné à donner un plus-produit à la marchandise, manière d'humaniser ce qui reste de la boucherie à la chaîne. Sacha Grey étant l'une des plus maline et ayant compris ce que pouvait lui apporter ce supplément d'âme en terme de notoriété et de compte en banque, c'est logiquement la plus citée quant il s'agit de démontrer que les "hardeuses" sont aussi des femmes de têtes. Comme d'habitude, on met en exergue la toute petite minorité non représentative pour occulter l'armée de nanas soumises aux caprices des hommes mais qui n'ont elles pas accès au glamour et doivent se contenter de se faire double pénétrer pour leur cachet et s'acheter elles-mêmes leur crème anti-inflammatoire.
On finit pas se demander où finit le cynisme et ou commence la bêtise pure quand Katsuni osé l'énormité : "L'actrice X est un produit (et il n'y a rien de péjoratif là-dedans) qu'elle peut décider de définir et vendre elle-même." Sauf que non, évidemment : celles qui peuvent "décider" ne sont qu'une poignée, et quand bien même elles auraient une marge de manœuvre quant à la façon dont elles vont se faire enculer et à quel prix, elles restent in fine dans un schéma de domination masculine. Cette dernière ayant bien compris l'utilité des Katsuni pour faire miroiter de l'argent facile et une carrière météorique à des naïves qui déchanteront très rapidement devant les réalités glauques de cette industrie qui en plus exige une reconnaissance comme industrie de loisirs comme une autre...
Accordons nous une parenthèse : étant bien entendu que pour le discours libéral-libertin, le monde se divise en deux, à savoir d'un côté les gens hyper-émancipés supercools qui baisent comme lapins hystériques dans une perpétuelle orgie follement décadente et fun, et de l'autre les chiants moralisateurs coincés du derche qui font évidemment partie du retour à l'ordre moral protofasciste de droite comme de gauche, je ne doute pas que ce billet sera considéré comme une manifestation de pudibonderie en mode curé rouge, et comme je suis un garçon d'une exquise obligeance, je veux bien jouer le jeu ; il est donc bien évident que ma libido est d'une pauvreté absolue, que mon imaginaire est décharné et mon univers fantasmatique un désert misérable, et que je n'alterne que des périodes de monogamie sinistre et d'un ennui morbide avec des plages de célibat dépressif et onaniste, et d'ailleurs je ne baise qu'en missionnaire, dans le noir, et le plus rapidement possible pour me débarrasser de cette dégoûtante corvée.
Vous voyez donc bien que je fais mon possible pour entrer dans les poncifs des gens conformistes qui se croient "émancipés" parce qu'ils regardent du porn, et décidément qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour faire plaisir aux imbéciles.
Vous allez voir qu'en plus ils ne m'en seront même pas reconnaissants, les ingrats.
Parmi lesquels se comptent curieusement une poignée de "progressistes" ou en tout cas auto-proclamés comme tels, qui suivent béatement le discours libéral-libertin en voyant dans le porno l'acmé de la lutte féministe pour l'émancipation, sans très bien comprendre que bien loin d'être "subversif" en quoi que ce soit pour "l'ordre bourgeois" - gauchisme figé dans d'obsolètes visons datant des années 70 et étant incapable de passer par dessus - il n y a absolument plus rien de transgressif dans le sexe.
Lequel et on l'oublie trop souvent, si il est peut-être l'activité la plus agréable que nous connaîtrons dans nos vies d'humbles mortels, n'est définitivement pas un loisir comme les autres. Le porno, en le banalisant dans sa version la plus vulgaire et marchande, n'est donc pas progressiste mais bel et bien fondamentalement réactionnaire.
dimanche 4 mars 2012
Victoires
Un excellent cru de la chanson fraonçaise cette année aux Victoires De La Chanson Bien De Chez Nous. C'était décidément le meilleur de nos musiques actuelles de jeunes modernes mais respectueux des traditions des anciens chanteurs belges francophones et dépressifs qui s'est donné à voir ce soir là, qu'on en juge plutôt.
Enfin ce fût la consécration pour Charles-Henri Alfred Diaphane, après 37 années de carrière dans la mélodie minimalisto-lyrique et les paroles aussi cryptiques que déconcertantes. Son album "Jambon Beurre Cornichons et rédemption" rafle tout et c'est un fringant septuagénaire qui monta sur scène dans un délire d'applaudissements, seulement aidé de deux cannes et d'une auxiliaire de vie rousse encore étudiante aux Beaux-Arts.
L'adorable et toute mimi chanteuse de Coeur De Patate ayant eu une dispense du CPE de son collège - elle prépare en parallèle à sa carrière musicale une brillante entrée en 5ème B -, elle obtint le prix de La Chanson Niaiseuse De L'Année, qu'elle reçut en tortillant ses couettes et en montrant son nouveau tatouage : la tête de Gainsbourg sur la fesse gauche, avant d'oser une fine plaisanterie sur les fellations dans les toilettes des établissements scolaires. L'auditoire était sous le charme de tant de fraîcheur on s'en doute.
Reconnaissance un peu tardive également pour Ririne Poissonnier, ex-égérie du duo kitscho-pop Frida Einsatszgruppen - dont on se souvient le coeur serré que le guitariste Fredo La Belle Moustache nous quitta à la suite d'une overdose de white spririt longue maladie - qui reçu le prix Chanson De L'Année pour "Sarko t'es le plus beau". Un léger flottement dans la salle toutefois quand la grande Ririne déclama son amour pour Claude Guéant en hurlant au micro que y en avait marre de ces Noirs qui foutent rien pour toucher les allocs et qu'y font rien qu'à bousiller la langue française chié quoi merde à la fin bordel, fin de citation.
Encore cette année, la chanson française minimaliste en dépression catatonique ne fût pas oubliée et ce fût le délicat Michel-Ange qui obtint cette récompense, sans doute celle où la concurrence est la plus acharnée. Son dernier album "Tuez vous" est déjà un triomphe dans les services de réanimation et c'est pas moins de 83 suicides confirmés dont peut encore s'enorgueillir ce courant musical décidément très français. Après avoir balbutié d'incompréhensibles remerciements, Michel-Ange cria sa révolte devant ce monde trop méchant et alla ensuite dans les toilettes se faire consoler par Coeur De Patate. Il se murmurerait une idylle, affaire à suivre.
Il fallait que ce soit fait un jour, une nouvelle catégorie de récompense a donc vu le jour cette année : "Meilleur/e Fils/fille d'un artiste connu qui doit toute sa carrière à papa" où on s'en doute les prétendants et prétendantes se bousculaient. Au sens littéral d'ailleurs puisque des rixes aux tessons de bouteilles émaillèrent la soirée entre enfants de gens connus aux cris de "Mon papa il est disque de platine le tien il a que des disques d'or CONNASSE" avant que la sécurité composée d'anciens commandos Marine et quelques piqûres de tranquillisants pour chevaux ne ramènent une saine concorde. Cette année ce fût donc la toute pimpante Zezette pour son album "Zezete épouse X", récit poignants de ses années d'errance et de doute quand elle était punk à chien tout en rentrant le soir dans l'appartement familial de l’île de la Jatte qui fût récompensée pour s'être donné la peine de sortir des testicules paternelles, encore bravo.
Enfin, la consécration suprême pour le rebelle San Ibroyeur qui triompha. Son album "J'éviscère ta mère", cri de colère contre le monde trop méchant porté par une sensibilité d'écorché vif et un flow qui déchire, fût l'heureuse surprise de la soirée et la conclusion de plusieurs polémiques dont le jeune rappeur fût l'objet. On se souvient que des titres sulfureux comme "Les pédés sont pas des êtres humains", "Je viole ta soeur au couteau à beurre" ou encore les très sensible et poignant "Je vais te faire avorter à coups de lattes dans le bide grosse connasse de sale chienne vérolée'", sur le désarroi d'un djeunz devant l'aveu de grossesse de sa petite amie, provoquèrent quelque émoi mais comme ce fût surtout de la part de quelques féministes hystériques et pas rasées sous les bras, les choses se tassèrent assez vite. San Ibroyeur leur dédicaçant d'ailleurs son discours de remerciement, disant "Si vous êtes mal baisées vous pouvez compter sur moi les grosses gouines, rendez-vous dans ma cave avec mon crew", fin de citation. San Ibroyeur le rebelle appela ensuite curieusement à voter pour Marine Le Pen parce que y en a marre à la fin c'est vrai quoi putain.
Brillante, émouvante, riches en talents divers et ô combien variés, cette édition des Victoires De La Chanson Bien De Chez Nous fût disons le un moment de grâce, oui certes.
vendredi 2 mars 2012
Sous vos applaudissements
Il y a quand même quelque chose que j'ai du mal à comprendre.
On a beau essayer d'avoir le plus d'empathie possible, de se mettre à la place de l'autre et de faire preuve de la bonne volonté la meilleure, ben décidément non : j'ai toutes les peines du monde à envisager François Hollande comme étant de gauche.
Bon après certes, je suis un affreux râleur carrément méchant jamais content. Oui. Voilà. Alors bon, je n'hausse même pas un demi-sourcil devant les rocambolesques promesses d'un candidat qui tente de se repeindre en rose vaguement foncé et qui paraît-il "gauchirait" son discours (rires). On sait bien ce que valent nos amis sosses et leurs promesses la main sur le coeur, à savoir rien et n'insistons pas là dessus, on risquerait de devenir méchant.
Toutefois.
Il y a des gens. Eh oui. Qui sembleraient prendre ces sornettes au sérieux.
Pas les militants péhesse, dont d'ailleurs il est évident qu'une bonne partie d'entre eux ne prennent pas leur propre candidat au sérieux. En fait, les seuls à penser que François Hollande est de gauche, c'est les cons de droite.
Et là, ça fait peur.
Complètement hystériques et chauffés à blanc par la campagne en cours, les affidés UMPFN sont fous comme des lapins et pensent réellement que les chars soviétiques pilotées par des femmes en burka vont débouler si Mimolette est élu. D'abord, on rit. Mais on se lasse vite à la lecture de commentaires en ligne de pauvres losers droitards complètement à la ramasse ne disposant que d'un QI à deux chiffres et d'un clavier sur lequel ils bavent leurs aigreurs et leur petites haines recuites. Il faut quand même avoir sacrément raté sa vie et n'avoir aucune vie intérieure digne de ce nom - sans parler de l'extrême pauvreté que doivent être leurs existences IRL - pour voir dans la proposition très timorée de taxation à hauteur de 75 % quoi que ce soit qui rappelle le soviétisme. Mais comme ils sont de droite et donc complètement abrutis, ils y arrivent très bien.
Et pas qu'eux. Puisque qui se ressemble s'assemble et qu'est-ce qui ressemble le plus à un trépané ? Un autre trépané. Il ressemble même encore plus quand il fait métier de jouer à la baballe.
"Interrogé mercredi matin sur la proposition de François Hollande de créer une nouvelle tranche à 75% pour ceux dont les revenus dépassent 1 M€ par an, Christophe Jallet, le joueur du PSG, a clairement affiché son désaccord avec cette idée. Avec une rémunération de 100 000 euros brut par mois, Christophe Jallet est l’un des joueurs parisiens les moins bien payés."
(Source)
Pour 100 000 euros par mois t'as plus rien mais encore le droit de pleurnicher dans la presse sur l'injuste et inique spoliation dont tu crains d'être victime.
Quand une partie conséquente de la population se trouve déjà fort aise d'avoir un salaire à 4 chiffres même si pour la forte majorité celui ci se contente de commencer par un très modeste "1", fouteux chougne en une touchante absence de pudeur sur la cruauté fiscale quand il gagne des sommes astronomiques en jouant à la baballe.
Et encore. Ça c'est rien, petit fouteux. Imagine. Imagine si c'était CSP qui était au pouvoir...
(Passage dans un univers parallèle illustré par un fondu enchaîné comme dans les sitcoms, quand le personnage s'imagine une autre vie avec l'image qui se trouble et qu'on entend de la harpe manière de souligner en finesse qu'il s'agit là d'une fantaisie de l'esprit, voyez. En fait à l'écrit c'est chiant mais visuellement vous voyez ce que je veux dire, quoi)
Fouteux est assis en short et crampons dans une salle de classe - audacieuse métaphore pour faire comprendre qu'il a des choses à apprendre, cette scénographie est un moment de pure folie - et pleure à chaudes larmes en serrant un gros sac en toile de juste avec $ poché dessus. Entre un deuxième protagoniste, le sourcil froncé, 90 kg à vue de nez, chauve et avec un tatouage inquiétant sur l'avant-bras droit. Reniflant sa morve, fouteux relève la tête et lance un regard à cet inconnu fort peu avenant.
Et d'emblée, ni bonjour ni merde, se prend une tarte dans la gueule.
Mais attention.
Pas de la mornifle de petite fille. Pas de la petite tape de sympathique camaraderie. De la méga-bouffe en pleine tête façon Lino quand on lui a trop pris la tête et qu'il décide de relancer le dialogue sur des bases saines. Le bon gros massif BLATCHA dans ta face qui clôt le débat avant même qu'il ait commencé. GENRE.
Cette propédeutique ayant d'emblée cadré la nature des échanges à suivre, le chauve se frotte la main et commence :
Alors écoute moi bien, le fouteux. Ouvre grand tes esgourdes parce que je ne vais pas te le dire deux fois.
D'emblée, toi et tes potes qui jouent à la baballe, c'est terminé. Finito. Zobi. Les Ferraris, le champagne, la coke et les putes siliconnasses, tu peux faire une croix dessus parce que c'est pas avec ton Smic horaire plus primes que tu va désormais pouvoir te payer tout ça. Mh. Tu veux dire quelque chose. Vas-y je t'écoute.
BLATCHA.
Je plaisantais, tu fermes ta gueule et tu m'écoute religieusement dans un silence de stupeur craintive et respectueuse. D'un côté on a plein de pauvres très pauvres, de l'autre on a des zozos comme tézigue qui passent leurs vies à courir après un ballon en étant millionarisés pour ça. Admet qu'il y a comme un déséquilibre, non ? Répond pas c'était purement rhétorique comme question. Attend, je reformule.
BLATCHA.
Où en étais-je ? Ah oui : donc les fouteux, au Smic et ensuite on verra si ça fait toujours rêver le populo. C'est vrai quoi, tant que vous êtes des parasites trop payés, vous faites rêver les cons, que veux-tu que je te dise. Une fois ramenés à l'échelle de votre valeur réelle eût égard à votre productivité, ça devrait apaiser les frustrations et aider les classes laborieuses à se poser les bonnes questions. Tu pige rien à ce que je raconte, c'est normal et pas grave, tout ce qu'on te demande c'est d’obéir et la boucler.
De quoi ?
Tu vas te barrer en Suisse puisque c'est comme ça ? C'est toi qui voit, mec. On est en démocratie et on peut pas t'empêcher de faire ce que tu veux.
BLATCHA.
Plus sérieusement, le socialisme c'est comme qui dirait coercitif, si tu vois. La liberté par la contrainte acceptée, non laisse tomber, je digresse. Juste l'idée pour te résumer : tu fais l'évadé fiscal, comme ça, par facétie : non seulement t'es immédiatement déchu de ta nationalité avec effet immédiat, mais on lance un mandat d'arrêt pour te ramener au pays à coups de pompes dans le train pour y être jugé. Le chef d'accusation, t'inquiètes, on trouvera quelque chose et de toutes façon tu sera condamné. Manière de faire un exemple, rien de perso tu vois. Mais entre deux ramassages de savonnettes, tu aura la cour une fois pour jour pour jouer à la baballe. Capice ? Attend, je te fais la synthèse.
BLATCHA.
Bonbin je crois que cette enrichissante conversation est terminée, tu peux rentrer chez toi. Ah non, pas ta villa, elle a été confisquée. On t'a trouvé un T2 en banlieue, c'est très coquet. Ah une dernière chose : essaie même pas de te barrer, quand Ribéry a essayé il a été fouetté en place publique, tu peu retrouver les vidéo sur Youtube. Allez, tire-toi maintenant, faut que je discute longuement avec Anelka.
(Applaudissements dans la salle, fondu, générique)
jeudi 1 mars 2012
La séparation
En gros, ça doit être horrible de tout voir sous l'angle politique. Analyser, décortiquer, chercher la bêbête en tout et partout, pfou, quel effroi. D'ailleurs c'est ça les gauchistes : incapables de profiter des vraies choses de la vraie vie, toujours à rouspéter et à expliquer et à faire de la pé-da-go-gie et à se gâcher la vie en réfléchissant. C'est bien connu : à partir du moment où on cherche à comprendre quelque chose, dès qu'on porte dessus un regard critique un tant soit peu acéré, qu'on voit et comprend les arrière-plans et a fortiori quand ceux-ci sont politiques, on ne peut plus en jouir. Ben non. C'est foutu. Il n y a plus de plaisirs "simples" et on ne peut plus s'offrir le plaisir de poser son cerveau bouillonnant pour s'aérer l'esprit...
Ah la la, ça doit être vraiment épuisant de faire de la critique. Et triste, aussi. D'ailleurs.
Non ?
Non.
Il me semble d'ailleurs que cette approche, qui consisterait à ne plus pouvoir profiter "innocemment" des choses de la vie dès qu'on les passe sous le feu roulant d'une certaine "déconstruction" est quelque chose d'assez français. Il faut dire que ça se redouble de l'innéfable joie de pouvoir donner des leçons aux autres et de poser à la personne clairvoyante qui elle a compris - et pas toi, qui patauge dans de ténébreuses brumes de l'ignorance heureuse -, certes au prix d'une certaine carence en spontanéité.
Il n y aurait donc que le choix entre d'un côté ceux qui comprennent et décortiquent et sont tout ragnagna et chiants, et les autres qui refusent de se prendre la tête et profitent grave, tu vois. Cette vision n'est pas seulement sotte, elle est surtout complètement superficielle et pis encore : parfaitement fausse.
Les anglo-saxons semblent bien plus pragmatiques de ce point de vue : ils pensent les choses et sont quand même capables d'en profiter, considérant que ce n'est pas parce qu'on utilise son esprit critique que c'est une raison pour se faire chier dans la vie et passer à côté de l'agréable. Car contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, et surtout à gauche, il n y a pas de fossé entre penser et jouir : on peut parfaitement faire les deux. Win win, en somme.
D'un côté je suis un homme féministe soucieux d'une stricte égalité et ne détestant rien davantage que les comportements sexistes de trop d'hommes et même de certaines femmes ayant intégré la domination ; de l'autre je l'avoue, j'aime les femmes et leur plaire. Des fois même ça marche, je ne sait pas trop pourquoi ni comment mais bon, le fait est que ça arrive.
Disons le net : dans les entreprises de séduction, le féminisme n'est pas seulement contradictoire, il est bien pis : c'est contre-productif. Triste histoire, hein ? Les stéréotypes sont à ce point ancrés dans les esprits, et y compris chez beaucoup de femmes progressistes, que les rôles genrés où on attend qu'une femme se comporte en "femme" et un homme se comporte en "homme" sont une norme indépassable. En tout cas si on veut obtenir un minimum de résultats, il faut jouer le jeu.
Parlez de féminisme et de lutte des sexes pendant que vous draguez, vous avez de très grandes chances de rentrer tout seul chez vous. Vous aurez été "congruent" avec vos "convictions", ô certes, voilà qui est grandiose ; nul doute que ça sera une puissante consolation quand vous jetterez le kleenex qui aura épongé votre solitude.
De la même façon que ce ne sont pas mes sublimes convictions anticapitalistes qui paieront mon loyer et rempliront mon frigo, ce ne sont pas mes admirables idées féministes qui mettront des femmes dans mon lit.
Là, normalement, on est censé se rouler par terre en s'arrachant les cheveux - ce qui ne m'est heureusement pas possible - et en vitupérant contre ce monde trop méchant et cette réalité pas gentille. Ouais, c'est terrible, je sais, rhalala, on est de gauche dans un pays de droite, c'est horrible, c'est atroce, on souffre mille morts et non seulement on doit supporter ça mais en plus on DOIT être malheureux. Pas de porte de sortie hein : soit on a un cerveau et on est malheureux, soit on est con et on est heureux. Hein, c'est bien du malheur, allez.
Fuck this shit.
Fausse alternative bidon et superficielle qui ne sert qu'à se névroser le cerveau, et qui au passage arrange bien les affaires de la droite : tant que les gauchistes restent dans leur coin roulés en boule à se plaindre du malheur des temps, et à refuser de faire les compromis nécessaires dans des buts d'efficacité et de pragmatisme, personne ne les prendra au sérieux et puis au fond ça les arrange de rester au chaud dans leurs micro-cénacles.
Vous savez que récemment, des militants NPA m'ont sorti un truc assez fabuleux ? De mémoire, c'était :
"Oui mais Internet ça n'a aucune influence sur la vie des gens".
Ouais.
En 2012.
Ça tue, hein ?
Bref.
Ensuite, si vous avez décidé d'être malheureux et de croire qu'à partir du moment où on pense à contre-courant, ce surcroît de conscience se paie obligatoirement en vous gâchent les choses amusantes, vous pouvez hein. C'est pas moi qui vous en empêcherait. Ouh la non.
Ceci dit, j'hésite présentement : que vais-je faire de ma matinée ? Du Crossfit ? (militaro-masochisme et culte fascisant d'un corps hypernormé) Ou du Call Of Duty ? (rêve humide de militaire fou où n'existe qu'un monde en guerre perpétuelle).
Oh mais en fait j'ai le temps : je vais faire les deux.
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